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Nous recevons et publions avec plaisir un commentaire de Marc Begotti faisant suite au texte de Raymond écrit en 2014 "Triomphe de la pensée spéculative".
Force est de constater que la pensée spéculative* ne se soucie pas de la preuve !
Alors qu’il est strictement impossible d’observer, à partir d’un référentiel exo centré, dans les nages alternées les bras du nageur qui se déplacent en même temps en sens inverse du déplacement, un projet de recherche universitaire postule, encore et toujours en 2021, sur « la superposition et la juxtaposition des actions propulsives » pour permettre de nager plus vite.
Marc (2021)
*lire le texte d’Aurélien FABRE « Pensée spéculative. Pensée rationnelle. c’est quoi ? Comment ça fonctionne ? »
« Le projet « Neptune » un plan d’investissement pour l’avenir en vue des Jeux Olympiques de 2024. Objectif : mieux comprendre la performance. Développer des outils et des méthodes »
- 1 « la coordination en rattrapé : observée quand les 2 bras se trouvent à un moment du cycle en avant des épaules. Cette forme de coordination se caractérise par « des temps morts propulsifs »
- 2 « La coordination en opposition : observée quand la fin de la phase de poussée d’un bras correspond avec le début de phase de traction de l’autre bras. Cette forme de coordination se caractérise par une « continuité propulsive sans temps mort propulsif »
- 3 « La coordination superposée : observée quant au même moment à la phase de traction d’un bras correspond la phase de poussée de l’autre bras. Cette forme de coordination se caractérise par « une superposition de l’action propulsive des 2 bras »
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NATATION : ACCELERATION et COORDINATION
Marc Begotti nous propose ce texte, qui s’appuie sur les travaux de Raymond, et qui se propose de mettre en garde les entraîneurs sur les conséquences pédagogiques qu’une certaine présentation des accélérations et des coordinations en natation pourrait entraîner.
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Alain Catteau - Faire du vélo et nager
APPRENDRE :
- à faire de la bicyclette sans roulette,
- à nager sans bouée.
Pour celui qui enseigne la natation, quel intérêt y a-t-il à étudier cette vidéo relatant une expérience d’apprentissage de vélo inversé ?
Rappelons la succession des différentes séquences de cette vidéo :
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Par rapport à un vélo ordinaire, un soudeur opère un changement sur la commande de direction de la roue avant. Un engrenage inverse la commande si bien que lorsque le guidon est tourné à droite, la roue tourne à gauche et inversement le guidon tourné à droite, la roue tourne à gauche.
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Un adulte ingénieur de 31 ans à qui est présenté ce vélo et qui a connaissance des transformations opérées pense pouvoir réussir à rouler sur ce vélo bien particulier. Cet adulte est habile, il sait depuis longtemps faire du vélo ordinaire et pourtant dès les premiers essais, il ne réussit pas à parcourir ne serait-ce que quelques mètres.
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Plutôt que d’abandonner l’affaire et passer à autre chose, il se lance un défi à lui-même et se prend au jeu : réussir à faire du « vélo inversé »
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Il décide donc de s’entraîner sur ce vélo bien particulier à raison d’une séance journalière.
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Sa période d’apprentissage de 5 minutes par jour durera 8 mois. (7 jours x 33 semaines = 231 séances x 5min = 1155 minutes soit 19 h et 15 minutes.
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Enfin du jour au lendemain, une sorte de déclic s’opère et une première réussite est là.
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Mais cette réussite est fragile et peut être mise à mal par manque d’attention, une distraction. Alors c’est l’ancien schéma qui réapparaît, le vieil algorithme de contrôle, celui éprouvé depuis longtemps sur le vélo ordinaire et qui conduit à la chute sur le vélo inversé.
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L’apprentissage est vraiment stabilisé lorsque le vélo inversé est conduit à différentes vitesses et sans à coup.
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L’ingénieur réalise des conférences dans diverses universités et propose systématiquement à une personne du public de venir sur scène pour réussir à faire du vélo inversé, c’est-à-dire parcourir 3 m sans mettre pied à terre en conservant les pieds sur les pédales. Beaucoup pensent qu’ayant compris intellectuellement le fonctionnement de ce vélo, ils pourront en faire, la compréhension et la volonté devraient suffire. Aucune n’y parvient.
Le fils de l’ingénieur qui a entre 5 et 6 ans, sait faire du vélo ordinaire depuis 3 ans ce qui représente plus de la moitié de sa vie. Avec la promesse de l’emmener avec lui en Australie, il engage son fils à apprendre à faire du vélo inversé. Une question l’anime : Combien de temps mettra son fils de 5ans pour apprendre à faire du vélo inversé ?
Au bout de trois à quatre semaines son fils réussit à faire du vélo inversé.
Une troisième partie du document poursuit l’expérience d’apprentissage de l’ingénieur : maintenant que l’apprentissage du vélo inversé est stabilisé, lui est-il possible de refaire du vélo normal ?
Dans un premier temps et de manière spectaculaire la réponse est non, il ne sait plus faire de vélo normal. On le voit essayer, ne pas y parvenir, tâtonner et enfin au bout de 20 minutes d’essais, il peut à nouveau réussir à faire du vélo normal.
J’éprouve de l’intérêt pour cette narration, elle me permet de mieux comprendre le processus d’apprentissage et la nature des apprentissages à réaliser. Je mets en relation cette narration avec mon expérience d’enseignement de la natation.
Faire du vélo est une activité locomotrice complexe qui met en système le cycliste (le pilote) et le vélo (engin) dans un environnement physique. Toute modification apportée à un élément du système a un impact sur le fonctionnement de l’ensemble.
A propos du vélo inversé il importe de bien comprendre l’impact des modifications opérées. A première vue, elles paraissent minimes, le guidon est l’organe mécanique du vélo qui permet de changer de direction, mais en fait sa fonction est double directionnelle et équilibratrice. A notre insu et sans que cela soit réalisé de manière volontaire, nous maintenons notre équilibre sur le vélo en agissant sur le guidon. Cette fonction est particulièrement mise en évidence quand nous tentons de rester en équilibre les pieds sur les pédales à l’arrêt. Nous sommes alors capables d’observer nos actions sur le guidon mais nous ne les commandons pas de manière volontaire.
Nager est une activité locomotrice complexe qui met en système le nageur et le milieu dans lequel s’exerce son activité. Apprendre à nager est une expérience dans laquelle il va falloir passer d’une locomotion terrienne autonome (la marche ou la course) à une locomotion dans l’eau. Pour comparaison, l’inversion de la commande directionnelle du guidon de vélo qui a un impact sur la capacité à s’équilibre à vélo éclaire la nature des transformations à opérer lorsque l’on passe de la terre à l’eau. La fonction équilibratrice habituelle terrienne n’est plus efficace et inadaptée dans l’eau. Construire une fonction posturale nouvelle dans l’eau suppose de prendre en compte toutes les forces externes environnementales agissant sur le corps et de solliciter de manière ajustée les groupes musculaires du sujet pour prendre ou maintenir une posture adéquate. L’apprentissage du vélo inversé prend beaucoup de temps parce qu’il nécessite d’une part la déconstruction des schémas d’équilibre acquis antérieurement dans l’apprentissage du vélo normal, et d’autre part la construction, lors de perceptions de déséquilibres, d’actions et réactions pertinentes, inverses de celles acquises antérieurement. Autrement dit, il faut désapprendre à faire du vélo pour faire du vélo inversé. Les régulations de l’équilibre se font au niveau du cervelet et sont automatisées, les circuits neuronaux sont courts car le temps de réaction à un déséquilibre doit être le plus court possible pour éviter les chutes. Nous avons souvent une vision statique de l’équilibre, son apparente stabilité pour un regard extérieur masque toute la dynamique des perceptions des déséquilibres et des réactions motrices qui s’en suivent au niveau des muscles dits posturaux.
La vidéo montre que parfois l’ingénieur et son fils portent un casque. Ce casque ne modifie en rien l’apprentissage à réaliser. Ils auraient pu aussi s’équiper de coudières ou de genouillères, le statut de ces équipements n’est pas de supprimer le risque de chute mais de protéger le corps en cas de chute. Dans l’apprentissage de la nage, l’utilisation d’artifices tels ceintures planches ou brassards n’a pas du tout le même statut car tous ces artifices modifient les conditions physiques qui s’exercent sur le corps. L’apprentissage de l’équilibration dans l’eau est nécessaire et essentiel, il doit se réaliser sans aucun équipement. De même cette relation a l’eau doit se réaliser dans l’eau qui est un volume homogène, qui n’est pas encombré d’objets divers et variés, dans un milieu qui ne doit pas être un gymnase aquatique comme on le voit trop souvent. L’efficacité pédagogique requiert d’aller à l’essentiel. Imaginons un instant ce que deviendrait la vidéo du vélo inversé si des petites roulettes stabilisatrices étaient ajoutées au vélo ! Quel apprentissage serait réalisé ? Et pourtant beaucoup d’intervenants en natation ne sont pas choqués par l’utilisation des artifices en piscine ou de l’encombrement de l’espace aquatique par divers agrès sous prétexte « d’aménager le milieu ». La construction du corps flottant se fait dans l’eau, toute l’eau, mais que l’eau. C’est une étape décisive de la construction du nageur car si sur terre il est possible de tomber, une fois dans l’eau on ne peut pas chuter.
Dans l’apprentissage du vélo inversé, il est évident que la compréhension des mécanismes en jeu ne permet pas la réussite en action. Compréhension et action se situent sur deux plans différents. Piaget dans ses deux ouvrages « Réussir et comprendre » et « La prise de conscience » travaille à la compréhension des relations entre ces deux plans. Ainsi l’action est la clé pour obtenir des réussites en action. Contrairement à ce que l’on voit couramment au bord des bassins, il ne sert à rien d’expliquer pour que l’élève comprenne en vue d’une réussite hypothétique. Non, l’enseignant doit proposer aux élèves des tâches ajustées aux buts définis dans lesquels ils peuvent s’engager et qui leur permettent de réussir et de construire de nouvelles capacités d’agir.
Enfin la comparaison du temps d’apprentissage du vélo inversé pour le père et pour le fils montre que le système neuronal est plastique, c’est-à-dire qu’il est susceptible de construire de nouveaux circuits à tout âge, mais il faut reconnaître que la plasticité de ce système semble décroître avec l’âge, le jeune enfant semble en mesure d’apprendre plus vite que ses aînés.
Alain Catteau le 3 Mai 2019.
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Le point de vue d’un entraineur
LE BATTEMENT EN CRAWL : DIFFERENTES ORGANISATIONS !
Florent est mis chaque jour en présence d’entraineurs et de nageurs qui se déplacent en jambe seules.
Bien que les théories ne changent jamais les pratiques, le passage de la description de ce que l’on voit à comment cela fonctionne t-il déboucherait sur des formes plus intelligentes de pratiques.
Dans la locomotion bipédique le fait que les membres inférieurs soit insérés au tronc à distance de l’axe implique une nécessaire rééquilibration pour placer le centre de gravité dans l’axe de poussée.
Par analogie on peut retrouver les mêmes mécanismes dans la nage.
De manière complémentaire le roulis du corps permet à pleine puissance au grand dorsal d’obtenir son meilleur rendement.
Quels sont les variations d’amplitude des battements en fonction du roulis ?
Nous remercions Florent de nous remettre « en prise directe » avec les pratiques dominantes et espérons quelques réactions de nos lecteurs.
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C’est avec grand plaisir que nous publions le texte de notre ami Leonardo.

Bonjour Raymond,
c’est un plaisir d’avoir l’occasion de communiquer avec toi et les passionnés de la pédagogie de l’action.
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la fiche des huit séquences pour passer d’un corps “pesant” au “corps flottant”.
Je trouve que le cheminement soit très efficace.
C’est celui que je propose à mes élèves et que j’ai appris de toi.
Lire les huit séquences m’a permis de mieux comprendre.
Se construire une sécurité active, c’est se construire nageur.
Le 19 et 20 janvier 2019, je participerai au colloque de la Société Nationale de Sauvetage ( www.salvamento.it ), organisé à Velletri, près de Rome, où j’habite.
Mon intervention aura pour objet les huit séquences que vous, toi et Marc, venez de proposer; son titre sera « Come passare da un corpo pesante ad un corpo galleggiante e prevenire l’annegamento ».
Pour m’aider j’utiliserai des prises de vue que j’ai réalisées pendant les séances que j’ai animées.
Je t’en envoi une synthèse.
Tu verras que j’ai prévu une séquence où les enfants quittent le monde solide. Le plus souvent il arrive après la construction d’un temp d’apnée majeur aux dix seconds ou de la remontée passive. Je crois que ça donne les moyens pour gagner facilement le bord, quand on se laisse flotter, en s’éloignant du mur, et pour ça en favorise le travail.
Si tu voudras l’analyser et éventuellement la publier, sera pour moi un plaisir.
Bien cordialement,
Leonardo Alivernini.
Velletri,
28 dicembre 2018.