Suite à la question de V. :
la relation centre/périphérie, la construction proximo-distale comporte le rôle décisif des épaules lorsque nous voulons mobiliser les membres supérieurs pour les utiliser en surfaces propulsives...
Quelle analogie avec les hanches en brasse ? Entre hanches/genoux/ chevilles y a-t-il au niveau informationnel et perceptif la même proportion (relation) ? Du point de vue technique quelle orientation des segments pour utiliser la plus grande surface propulsive ? Du point de vue pédagogique, comment se construit l’espace d’action d’une nage qui utilise plus d’effet moteur ?
V.
La construction des gestes locomoteurs chez le brasseur
V. qui m’avait remis ces questions à Mirano et auxquelles j’ai trop tardé à répondre, souhaite approfondir et mieux intégrer les lois de la construction des gestes locomoteurs chez le brasseur. Elle remarque avec pertinence que membres supérieurs et inférieurs se trouvent impliqués dans la propulsion en mettant l’accent sur la meilleure façon d’orienter les surfaces propulsives.
La subordination des segments distaux par rapport aux proximaux ne semble pas discutable en ce qui concerne les membres supérieurs pour lesquels ils ont été le mieux étudiés, et en ce qui nous concerne appliqués dans les propositions de tâches visant l’organisation de la pale dans les actions propulsives des différentes nages dont la brasse..
V. se demande et nous demande s’il convient d’appliquer ce même principe en ce qui concerne les membres inférieurs en comparant : hanches / épaules, bras /cuisse, poignets / chevilles. On serait tenté de répondre affirmativement mais quelques remarques s’imposent en ce qui concerne les fonctions initiales des membres supérieurs et inférieurs et leur fonctionnement sur terre et dans l’eau.
Les membres supérieurs se sont chez les humains pour une fonction de préhension. Et il n’est pas absurde de considérer que cette fonction se trouve conservée pour construire des masses d’eau à propulser immédiatement.
Quelle orientation des segments rechercher pour obtenir la meilleure (et la plus importante) surface propulsive. A l’instar de notre nageuse, les meilleurs brasseurs parviennent à initier la poussée des jambes et pieds en les positionnant rapidement mais nettement très près et à l’extérieur des hanches, l’intérieur des pieds orientés vers l’arrière.
Au terme d’un retour « relâché » qui voit les genoux s’écarter l’un de l’autre plus que ne le font les talons entre eux, brusquement leurs distances à l’axe va s’inverser et l’on verra les genoux se positionner plus près et les talons à l’extérieur.
Ce passage de la fin du retour au début de la poussée est très rapide et la rotation externe des segments distaux plus ou moins marquée selon le degré de souplesse des nageurs.
Cette orientation « technique » des membres inférieurs n’a rien de « naturel ». Une rotation interne forcée des cuisses accompagnée d’une rotation externe forcée de la jambe et du pied n’aurait aucun sens, mieux handicaperait le marcheur ou le coureur sur terre.
C’est pourtant ce que l’on va rechercher chez le nageur de brasse.
Venir s’asseoir entre les talons, intérieur des pieds écartés posant au sol en conservant le buste vertical, sans que cela soit douloureux, constitue souvent un critère de laxité favorable.
Eventuellement un objectif à viser avec beaucoup de patience.
La règle à respecter par l’entraîneur consiste à ne jamais déclencher des situations pénibles ou douloureuses.
La deuxième question de V. concerne encore les nages simultanées qui voit le problème de l’immersion se poser non seulement dans la locomotion mais singulièrement lors des vitesses initiales produites à partir des appuis solides (plots aux départs, parois aux virages).
La posture projectile indéformable se trouve rapidement prolongée par des ondulations « de type mammifères aquatiques) se traduisant par une moindre perte de vitesse.
Elle aimerait connaître, du point de vue physique, comment fonctionne alors le mécanisme propulsif. La question serait à poser aux spécialistes de la mécanique des fluides, que les entraîneurs et avant eux les nageurs, n’ont pas attendu pour adopter cette stratégie.
Confirmation du fait que la « réussite en action » précède toujours une éventuelle prise de conscience.
Et cela est fort heureux pour le pédagogue !
Les jeunes acquièrent rapidement cette compétence pourvu qu’ils soient incités à en réaliser en immersion, aussi bien en orientation ventrale que dorsale.
Procédant d’une ondulation généralisée, celle-ci gagne à être, au début, déclenchée par les mouvements de la tête qui plonge par la nuque et ressort par le menton.
La continuité de l’ondulation est sa vertu première. Se déplacer en une succession ininterrompue de sorties de l’eau et de rentrées dans l’eau par le jeu de la tête en est la première étape. On peut proposer au début de conserver les bras le long du corps. Il est déterminant d’obtenir « une entrée par la nuque » et pour cela, il faut que le débutant dispose du temps nécessaire à la mobilisation de la tête après l’échange ventilatoire. D’où la recherche de l’amplitude obtenue par une élévation accrue du haut du corps sortant de l’eau.
Très spontanément les nageurs auront besoin de l’usage des membres supérieurs pour accroître les sorties de l’eau.
La conjonction des deux mécanismes : plonger par la nuque et sortir par l’usage des bras débouchera sur une coordination fonctionnelle qui sera préservée dans les progrès de structuration de la nage.
Faut-il commencer en surface ou sous la surface pour construire les ondulations ? Cette question semble bien secondaire, tant le passage de l’un à l’autre se révèle complémentaire.
Reste la dernière question du meilleur moment pour passer de la posture rigide à l’ondulation.
Elle me semble liée à la capacité d’apprécier sa vitesse de déplacement et de connaître sa potentialité à la prolonger à la meilleure valeur. En effet, la poussée à partir du plot au mur (solides) procure une vitesse de déplacement nettement plus élevée que la plus puissante poussée sur les masses liquides. C’est donc au cours de cette décélération initiale que se déclenchera l’ondulation.
raymond