« Apprendre à nager comme on a appris à marcher en grande profondeur et sans matériel pour devenir toujours meilleur nageur »

Amplitude et fréquence

Amplitude et fréquence : deux aspects d’une même réalité à propos de la locomotion dans l’eau.

Au début des années 90, au cours de stages annuels de formation de cadres organisés à Conegliano (Italie), le travail de la notion de « corps projectile » avait transformé un objectif de séance en jeu.

La tâche consistait pour chaque groupe à réaliser chaque longueur de bassin avec un minimum d’actions propulsives.Dans l’un des groupes, un nageur réalisa 4 cycles de nage en papillon. C’était alors la meilleure performance des nageurs et il me parut utile de faire constater cet exploit à l’ensemble des participants.Chacun retournant ensuite dans son groupe s’exerça à réaliser sa meilleure performance.

Pris au jeu, le groupe le plus évolué réalisa de notables progrès et un nageur parcourut, après un départ plongé le 25 m. avec deux coups de bras. La dernière impulsion lui aurait permis de dépasser la distance en raison de la vitesse avec laquelle il avait touché le mur. Cette séquence ayant été filmée par le responsable du stage, nous disposions d’un « témoignage irréfutable ».

C’est alors que je proposais de viser encore plus haut pour établir un « record du monde qualitatif » : parcourir 25 m. avec départ du plot prolongé d’une coulée sans la moindre ondulation enchainée à un seul cycle de dauphin pour atteindre au terme de la seconde coulée l’extrémité du bassin .

De retour en France, cette proposition était reprise lors des stages qu’il m’était donné d’animer pour faire vivre cette épreuve aux formateurs (ou aux nageurs). C’est lors d’un stage à Dijon, au tout début de notre millénaire que Jean-Christophe SARNIN réalisa le premier l’exploit avec une telle facilité qu’il pouvait le rééditer dans la séance.Le document filmé et « time-codé » en témoigne.

ANALYSE :Parcourir 25 m. dans l’eau selon cette procédure comporte 4 phases dont 2 engendrent une accélération maximale du corps : l’une à partir d’une impulsion sur un plot solide, l’autre dans l’eau. Et 2 au cours desquelles le corps glisse sur son erre. Par inertie la vitesse tend à se conserver mais c’est la résistance de l’eau qui finit par immobiliser le nageur.

Si par AMPLITUDE on désigne l’espace parcouru par cycle comprenant une accélération initiale et une glissée lui faisant suite, la distance par cycle est ici maximale.Elle est logiquement plus grande pour le cycle comprenant l’accélération la plus forte à partir des « appuis solides ».

Lors du séminaire de Dinard 2004, Jean-Christophe réussit l’exploit, réédité en 2006 par Thierry de traverser le bassin à partir du seul plongeon de départ (sans bénéficier de la hauteur du plot). « Corps projectile » ou « glisse » selon le vocabulaire mais amplitude de 17 m.Dans notre exemple du parcours de 25 m, globalement l’amplitude moyenne est de 12,5m. En réalité, l’amplitude liée au départ est supérieure à 15 m. et celle de la nagée inférieure à 10 m.

L’amplitude représente ce qui dans un cycle de nage représente l’action du corps sur l’eau indissociable de l’action de l’eau sur le corps qui lui fait suite.C’est donc la distance parcourue par cycle de nage.

ET LA VITESSE ?Le record actuel de Stéphane LECAT est légèrement inférieur à 30 secondes, soit un parcours à la vitesse moyenne de 0,83 m/sec..Aller plus vite exigera de multiplier le nombre d’accélérations et donc de cycles.

La FREQUENCE c’est par définition le nombre de fois par unité de temps.La fréquence théorique de 4 de notre exemple n’est plus envisageable avec un seul départ pour des distances qui augmenteront.

Les virages, dans une moindre mesure, altèrent également la fréquence réelle du nombre de cycles pour nager la plus longue distance en une minute (notre unité de temps).

En résumé, il semble bien qu’il appartienne au nageur de gérer à chaque cycle et tout au long de l’épreuve, l’alternance propulseur projectile aux valeurs requises. Encore faut-il qu’à l’entraînement, il ait développé et acquis les compétences de prendre appui sur des masses d’eau pour obtenir la meilleure accélération avec le meilleur rendement; et la compétence pour réduire au maximum les effets de l’action de l’eau sur son corps.

raymond