« Apprendre à nager comme on a appris à marcher en grande profondeur et sans matériel pour devenir toujours meilleur nageur »

La pédagogie de l’action ne dissocie jamais...

 

Notre visiteur N.K. pose ces questions :

« Sans aller forcément dans la grande analyse, pourquoi certaines personnes qui tentent de faire des battements de crawl avec une planche se mettent à reculer ? Comment aborder cette problématique ?

Comment aborder l'apprentissage et construire les battements ?

Comment analyser cela et transformer cette attitude ?

Par quoi commencer ?

Que faut-il savoir, faire et ne pas faire dans la démarche de l'action? »

 

Dans la pédagogie traditionnelle qui vise la reproduction des mouvements, un souci de simplification débouche sur un découpage des mouvements de la nage.

C’est ainsi que l’on voit faire réaliser les fameux battements de jambes.

Non contents de se satisfaire de cette agitation des membres inférieurs, il est d’usage de faire reposer les mains et parfois les avant-bras sur un support flottant : la planche.

Cet appui en avant a pour conséquence d’enfoncer la partie arrière.

Le « mouvement » lui-même voit les cuisses réaliser des déplacements ascendants et descendants qui entraînent ceux des jambes et ces derniers ceux des pieds.

Lorsque la cheville présente la souplesse requise, la face externe du pied vient prolonger la jambe dont les temps forts exercent une poussée oblique des masses d’eau. Une composante horizontale assure la poussée rétrograde dont l’effet entraîne le déplacement du corps vers l’avant. 

Le schéma extrait de Counsilman en rend compte.

De là à imaginer que le nageur disposera de deux moteurs, le pas a été vite franchi !

Lorsque les pieds conservent un degré important de flexion sur la jambe, leur face externe (ou supérieure dans la station droite) est orientée en sens contraire du cas précédent et l’effet s’en trouve également inversé. Le pauvre « débutant » recule !

La pédagogie de l’action, fort heureusement, ne dissocie jamais les composantes du « tout » que constitue l’action de nager, la locomotion dans l’eau. Elle considère que les « battements » sont pour le nageur l’équivalent des mouvements des membres supérieurs dans la marche ou la course. Leur fonction est d’amener le centre de gravité dans le plan de la poussée de la jambe. Les membres inférieurs se trouvent articulés à distance de l’axe du corps (coxo-fémorale) et sans les compensations permanentes des membres supérieurs, les poussées des jambes entraîneraient des déplacements latéraux préjudiciables à la continuité et à l’efficacité de la locomotion.

Le plus souvent en natation, les actions alternées des membres supérieurs (également insérés à distance de l’axe du corps) poussant de l’eau vers l’arrière, déclenchent l’entrée en jeu des membres inférieurs pour réaligner le corps sur l’axe de déplacement du nageur en même temps que par rapport à la surface.

Dans les cas exceptionnels où les battements ne se déclenchent pas spontanément, on peut avoir recours à une analogie : tandis que les bras « tournent » d’arrière en avant (comme un moulin) le sujet se déplace vers l’arrière en marchant. Le fait de « mettre le sol devant soi » sur terre équivaut à mettre de l’eau en dessous de soi. Naturellement l’inverse correspondrait à la nage sur le dos. On tente alors de revivre rapidement la même situation dans l’eau.

S’il y avait un remède (ou une panacée !) pour passer de la pédagogie du mouvement à la pédagogie de l’action, on ne verrait plus ces aberrations du découpage des nages et l’on gagnerait un temps précieux dans la construction de nageurs performants. Cela supposerait que le formateur se soit construit un modèle théorique du fonctionnement du nageur tournant le dos aux « connaissances descriptives » des mouvements qu’il suffirait de reproduire. On ne verrait plus « l’ordre de la description » devenir l’ordre de la mise en œuvre de la reproduction des mouvements impliquant la dislocation du fonctionnement global en éléments à envisager successivement.

Les stages que nous animons et qui mettent en avant une pratique de construction et d’animation de séances fondées sur l’incorporation de connaissances apportent des réponses à ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour s’inscrire dans la démarche de la pédagogie de l’action.

raymond