HABILETE MOTRICE !
Nous voici en présence d’un concept flou mais à la mode et probablement aussi inopérant que le « savoir nager ».
Est habile toute personne qui remplit les conditions requises pour réussir la chose entreprise, voire avec adresse, intelligence, compétence. Nos voisins anglo-saxons utilisent un terme proche : « ability » illustré par cette définition : « your ability to do something is the fact that you can do it ».
Dans le domaine de l’activité physique et sportive, les personnes qui utilisent ce mot on cru utile de lui ajouter un adjectif « motrice ». Si nous en précisons le sens, nous constatons qu’il signifie : qui engendre le mouvement. La motricité, quant à elle, regroupe l’ensemble des fonctions qui assurent le mouvement.
Dans l’activité humaine, il est classique de distinguer deux catégories impliquant la motricité : la locomotion (capacité de déplacer son corps dans l’espace) et la manipulation (capacité de déplacer des objets). Les faits nous montrent que toutes deux supposent un apprentissage.
Les sujets ne sont pas, ne naissent pas habiles par nature, si ce n’est à propos des mécanismes de succion vitaux pour la survie et construits avant la naissance.
L’habileté est une qualité acquise par une personne habile, le plus souvent au terme d’un apprentissage. Et il est banal, pour ne pas dire fréquent, de constater que lors de l’initiation à une forme inédite d’activité, les sujets se montrent « malhabiles » et fassent preuve de maladresse toute provisoire et ne réussissent pas immédiatement.
L’habileté motrice est une formulation qui pose problème dans la mesure ou elle semble dissocier un aspect repérable de l’action de ses autres composantes informationnelles ou émotionnelles discrètes mais indissociables. Nos amis qui ont participé au regroupement dont le thème était « pédagogie et technique » ont été confrontés au tir à l’arc dont les spécialistes pourraient évoquer une «habileté posturale » mais qui, fort heureusement, s’en gardent bien.
Lorsque l’on dit que c’est l’option pédagogique qui détermine la nature des contenus enseignés, on en trouve ici une nouvelle illustration et en deux directions.
« motrice » = centration sur le mouvement qui n’est que l’aspect visible des actions et
« habileté » = qualité acquise au terme d’un apprentissage, d’une (trans)formation, d’un « savoir faire » acquis et développé par l’exercice.
La pédagogie traditionnelle se réfère au « produit fini » (à ce que l’on voit du nageur performant) qu’elle prend pour modèle qu’elle cherche à faire reproduire. L’habileté motrice du champion devient SA référence. Le contenu est l’image de celui qui accède à la haute performance.
Dans la pédagogie de l’action, ce qui est essentiel ce n’est pas le produit mais le processus qui permet de le réaliser. La transformation du terrien en meilleur nageur comporte inévitablement des passages obligés qui relient la maladresse actuelle à l’adresse future.
Ces passages obligés sont la conséquence de la nature différente des substrats à laquelle il faut s’adapter et aux changements liés aux forces externes rencontrées.
Nous ne sommes jamais en présence d’un produit définitif mais de transformations nécessaires pour une adaptation de plus en plus complète, de plus en plus fine conditionnée par le substrat et la nature de la performance recherchée.
Notre modèle théorique est celui du haut niveau de fonctionnement des meilleurs. Il implique la nécessité de se construire une représentation du réel, au-delà des apparences que constitue le mouvement.
raymond