« Apprendre à nager comme on a appris à marcher en grande profondeur et sans matériel pour devenir toujours meilleur nageur »

Suite à la question de JG :

En feuilletant la deuxième édition de 1971 de « l'enseignement de la natation », j'ai retrouvé un schéma (p.349) représentant l'importance relative dans l'apprentissage de la flottaison, de la respiration et de la propulsion en fonction du niveau de l'apprenant.

D'abord j'aurais aimé savoir si c'est à ce schéma que l'on fait référence lorsque l'on parle de la « trame dynamique ». J'ai en effet plusieurs fois entendu ce terme sans trop savoir à quoi il faisait référence.

Ensuite j'aimerais savoir si un schéma de ce genre serait transposable au modèle corps flottant - corps projectile - corps projectile et propulseur. Autrement dit peut-on représenter la proportion de corps flottant, de corps projectile, de corps projectile et propulseur à enseigner en fonction du niveau du nageur.

Enfin un tel schéma serait-il applicable pour figurer la part de l'apprentissage de chaque nage en fonction de l'expertise?

Merci Raymond pour ta réponse.

JG (29 07 12)

Trame dynamique

Les stages Maurice Baquet ont marqué de leur empreinte les pratiques pédagogiques dans de nombreuses A. P. S. (activités physiques et sportives). Pour échapper au « technicisme », c’est à dire aux apprentissages basés sur la reproduction par les apprenants  des mouvements des champions, mouvements décrits, photographiés ou dessinés dans les écrits techniques les plus récents, une rupture s’imposait.

Une des conditions nécessaires pour substituer au modèle descriptif de référence des enseignants dans toutes les disciplines était de recourir à la connaissance du fonctionnement du sportif performant.  Une autre condition aussi utile : comment fonctionne l’apprenant ?

Dans un premier temps, chacun fut invité à mettre en évidence ce qui constituait l’originalité, la spécificité, le « noyau dur » de sa discipline.  La notion de « structure » sollicitée suggérait de repérer des éléments en interaction dans un ensemble, une totalité  que constituait précisément la spécialité.

En natation, nous disposions à cette époque d’un modèle issu des pratiques pédagogiques efficaces : le modèle « E-R-P » (équilibre, respiration, propulsion) pour baliser le cheminement du non nageur vers l’appropriation des savoir-faire élaborés. Chaque élément était « composante » de l’ensemble natation et il apparaissait déjà que toute modification dans une composante réorganisait l’ensemble.

L’évolution à l’intérieur de chaque composante avait pris la forme de « Progression d’Enseignement », celles-ci avaient été publiées dans la revue EPS avant d’être proposée dans l’ouvrage : « l’enseignement de la natation » (seconde édition de 1971). De nos jours elle prendrait la forme du contenu de l’étape du « corps flottant ».

Parce qu’elle s’adressait à une classe nécessairement hétérogène dans sa composition, la séance de natation devait permettre à chacun de progresser, qu’il soit débutant ou éventuellement inscrit en natation à l’association sportive scolaire. Quelques repères s’imposaient pour construire la séance et le recours au schéma suggérait des dosages pour choisir les exercices de la séance.

La « trame dynamique » (voir lexique) ne fut introduite que plus tard et singulièrement avec les « instructions officielles du 22 avril 1977 » (enseignement de l’EPS à l’école élémentaire) et celles du  27 mai 1977 (enseignement de la natation à l’école élémentaire) publiées conjointement par les Ministères de l’Éducation et celui de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs. Un fascicule réunissant l’ensemble des textes et ses annexes fut largement distribué à toutes les Ecoles élémentaires de notre pays.  On y trouvait page 18 et 19  un « contenu de l’enseignement de la natation » que l’on a appelé  un peu pompeusement : trame dynamique ou plus communément :  les  17 repères (de la construction du nageur).

Des difficultés typographiques ou d’imprimerie masquaient une donnée essentielle de la présentation originale sur laquelle des flèches signalaient les relations structurelles et chronologiques entre les éléments séparés par des colonnes.

L’idée et l’image de trame dynamique que nous avions empruntées à une publication de l’INRP relative à l’acquisition de notions mathématiques et dans laquelle un dispositif astucieux de transparents superposés favorisait la compréhension, se trouvait irrémédiablement compromise.

Mais cette idée de « trame dynamique » conserve toute son actualité dans la mesure où elle attire notre attention sur les données structurantes d’une construction (lexique : S, C).

Inhérente à la pensée dialectique, elle nous rappelle que  tout ne se fait pas en même temps  et que  les choses ne se font pas les unes sans les autres.

Pas de structure sans genèse et pas de genèse sans structure pour employer une formulation piagétienne.