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DES BILLES POUR LA RENTRÉE

Ou quelques tâches particulièrement efficaces pour (trans)former les nageurs

 

Nombreux seront les enseignants ou les entraîneurs qui se consacreront partiellement ou à temps complet à la formation ou perfectionnement de nageurs.

À leur intention, je vais évoquer des transformations spectaculaires obtenues rapidement lors de séances consacrées à une famille, quelques jours avant la rentrée scolaire.

b_386_256_16777215_00_images_oziogallery3_foto_borgo2009.jpgNous vivions ces journées en des circonstances particulières de canicule et la piscine de 25 m., mais à profondeur limitée à un peu plus d’un mètre, constituait un refuge apprécié. Les parents ont la quarantaine et leurs trois filles sont âgées de 8, 6 et 4 ans. Le père sportif a déjà réalisé plusieurs marathons et pratique aussi le VTT. La mère nage depuis son enfance mais n’a jamais pratiqué en club. Elle a réalisé des triathlons sans jamais avoir parcouru la distance nagée en crawl exclusivement. Pour leur part les filles ont beaucoup joué en piscine familiale (10 à 12 m 3 ) ; elles s’immergent, réalisent des « acrobaties » dans l’eau et sont capable de réaliser plusieurs mètres sans reprendre pieds. Si l’on pose la question à la majorité des personnes les ayant vues : « Savent-elles nager ? » ; à l’exception de la plus jeune qui s’immerge mais n’a pas construit les déplacements, la réponse est positive !!!

Considérant les progrès possibles et souhaitables, j’ai demandé à mes invités s’ils souhaitaient améliorer leur nage et la réponse fut affirmative. J’ai donc pris en charge la famille à l’exception de la plus jeune à qui je me suis contenté de faire réussir l’absence de réaction aussi bien sur le ventre que sur le dos et le retour à la station verticale.

Pour la clarté de l’exposé je vais résumer successivement l’évolution de chacun bien que souvent ils se soient exercés dans le même temps avec des tâches spécifiques. Nous commençons avec le père.

Observation : lorsqu’il se met à nager, partant de la station verticale, l’eau à hauteur du bas du thorax, on constate qu’il bascule vers l’avant, un bras dans le prolongement du tronc, lequel s’enfonce dans l’eau avant la tête ; l’autre bras se met en opposition. La tête ne s’immerge jamais complètement et le regard se porte en oblique vers l’avant et le bas. Un battement de jambes, relativement ample voit à chaque coup les talons et les orteils sortir de l’eau pour redescendre en « temps fort ». C’est le battement qui subordonne l’entrée en jeu des membres supérieurs (M.S.), les épaules restant en surface. Le passage alternatif des bras dans l’eau se réalise à l’écart du plan vertical sagittal de chaque épaule. La rotation des M.S. est uniforme sans accélération dans l’eau. Les retours se réalisent latéralement et un bloc « tête épaules » caractérise l’organisation générale.

Interprétation : la manière de se mettre à nager observée démontre l’absence d’une organisation posturale pertinente, normalement élaborée par la construction du plongeon de départ. (Tête non immergée avant les bras et tête en dessus des bras). Le battement de jambes donnant le tempo à l’ensemble de la locomotion fait obstacle à sa coordination spontanée ; il convient de le supprimer pour qu’elle puisse se subordonner à l’action des bras. Il faudra ensuite disloquer le bloc tète épaules afin de mobiliser ces dernières en vue d’accroître l’amplitude et le passage des M.S. en dessous du corps et non à l’écart.

Mise en œuvre : en préalable, la posture du nageur ; le lieu n’étant pas propice à la construction du plongeon de départ, j’opte pour l’alignement et l’immersion en situation ventrale en partant du « déjà vécu ».

- Se mettre à plat dans l’eau, la tête s’immergeant avant que les deux M.S. s’alignent ensemble au dessus de la tête.

- L’alignement du corps immergé amène les talons en surface.

Plusieurs essais réussis et cette façon de se mettre à nager devient la seule possible et admise. J’en profite pour faire constater que cette manière de procéder provoque un déplacement de 5 m. environ sans impulsion initiale.

Ensuite, sur ce qui vient d’être acquis on greffe une impulsion des deux membres inférieurs (M.I.) et l’on gagne économiquement quelques mètres.

On peut maintenant aborder la locomotion. La première tâche consiste à faire « tourner » les M.S. en supprimant toute intention de faire fonctionner les M.I. Il ne faut pas bloquer mais libérer ces derniers.

En fait, la consigne passe bien pour pouvoir nous lancer dans l’ébauche du corps propulseur. A deux ou trois reprises il est rappelé la nécessité de « mettre la nuque en avant » (et non les yeux) tout en se guidant sur la ligne de fond.

A ce niveau de reconstruction nous passons de l’absence d’échanges ventilatoires à l’expiration continue sur 5 puis 7 coups de bras.

Peu à peu, le renversement s’établit et les actions des M.I. viennent su subordonner à celle des M.S.

La dislocation du bloc tête épaules s’impose : debout, pieds au sol, je maintiens fixe la tête et demande de projeter alternativement les épaules en avant pour permettre des passages de bras sous le corps et non à l’extérieur.

Des progrès sensibles apparaissent qui ne pourront se stabiliser qu’en parcourant des distances toujours plus longues sans omettre le respect des consignes. Quelques exercices ventilatoires ont complété ces séances.

Evaluation : la personne s’est déclarée satisfaite de se sentir mieux et d’avoir l’impression de se fatiguer beaucoup moins.

Si ce thème déclenche l’intérêt de nos visiteurs, la suite décrira les interventions spécifiques. auprès de là maman et des filles.

N’hésitez pas à réagir (même anonymement).

Bonne rentrée à tous !

Raymond