OBSERVATEUR DE CARENCES
Ce matin la piscine est réservée aux scolaires dont la formation est confiée aux MNS.
Comme souvent, je m’attarde à les regarder fonctionner pour me faire une idée de la manière dont les enfants seront initiés à la natation, à la poursuite d’un illusoire « savoir nager » !
Les sens du mot carence me viennent à l’esprit pour interroger le spectacle des séances.
1) absence ou insuffisance importante de quelque chose,
2) absence de ressources,
3) insuffisance ou défaut d’éléments indispensables à l’équilibre d’un fonctionnement.
Sous l’apparente originalité de fonctionnement des divers intervenants se cache une uniformité des comportements, face à la mise en activité des élèves en fonction de leurs progrès possibles et souhaitables pour devenir nageurs.
On pourrait penser que pour les actuels professionnels de la natation au XXIème siècle, nager ne se résume plus à « se déplacer à la surface de l’eau par des mouvements appropriés » !
En réalité, il me semble difficile de connaître les représentations qui animent et génèrent leurs procédures d’enseignement, faute de pouvoir organiser une enquête pertinente exhaustive.
La personne observée ce matin dispose des lignes 2 et 3 pour initier une quinzaine d’élèves.
Son déplacement sur la plage couvre environ une dizaine de mètres. Dans sa posture on la voit alterner les bras croisés ou les mains aux hanches lorsqu’elle ne se déplace pas. Son regard ne se concentre pas sur ce qui se passe dans les lignes où s’exercent les enfants.
Je les vois partir du plot pour parcourir la longueur du bassin puis revenir par les plages et recommencer. Seuls, 3 nageurs pénètrent dans l’eau, la tête sous les bras en plongeant. Quelques uns font un plat la majorité des autres entrent en contact avec l’eau avec les pieds avant la tête. Dans le parcours nagé en « crawl » si l’on peut appeler comme cela une nage alternative, tête entièrement hors de l’eau en permanence.
Le départ du plot se fait dans la plus complète inconsistance ! Celui qui m’a « amusé » le plus ajustait ses lunettes, décalait les poses de pieds (un en avant l’autre en arrière), portait les mains à l’avant du plot et arrivait dans l’eau par les pieds en premier. Il faut croire que le départ ne faisait pas partie de l’exercice, n’était même pas vu par la MNS, ne constituait pas un objectif d’enseignement ou jugé intéressant à travailler.
Le temps de voir 3 passages réalisés par les meilleurs, l’intervenante stoppe les retours des premiers et attend bras croisés, le regroupement de tous. S’ensuit un monologue et tous les enfants reprennent sans le moindre changement les parcours qu’ils avaient déjà réalisés.
Il me revient alors en mémoire la « gymnastique » vécue à l’école primaire, activité dispensée par un moniteur municipal, formé selon ce qui se faisait de mieux à l’époque : une mobilisation des différents segments du corps, la tête, les membres supérieurs et inférieurs et le tronc. Les caractéristiques anatomiques des articulations induisaient les différents mouvements (élévation, abaissement, rotation, flexion, extension, etc.) à réaliser, à reproduire un certain nombre de fois. Pas la moindre idée de transformation fonctionnelle.
Ce qui me perturbe le plus, c’est de me demander si dans la tête des animateurs, ils n’y aurait pas la conviction qu’une quantité de n’importe quoi peut déboucher sur de la qualité ?
Ou s’ils ignorent les étapes, les passages obligés à moins qu’ils en refusent l’existence ?
Ou s’ils ne disposent pas, en toutes circonstances de critères de réussite.
Que savent-ils de l’enseignement de la natation, des nages ?
Ou beaucoup plus inquiétant : savent-ils comment l’enfant apprend ?
À défaut de savoir ce qu’il doit apprendre ?
raymond