Pédagogie

Passé et présent : Duflo et le « natateur Le Chevalier »

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Passé et présent : Duflo et le « natateur Le Chevalier »

 

En 1866, avant que ne se construisent les piscines, paraissait ce petit ouvrage « pédagogique » de 88 pages au format 9 x 14 cm, sans illustrations et dont nous avons extrait les lignes qui suivent. 

La terminologie utilisée n’a rien de contemporain mais, par contre, les problèmes évoqués ne peuvent se rattacher à une époque.

Comment coordonner les mouvements des membres supérieurs et inférieurs ?

L’ère industrielle suggère le recours aux solutions mécaniques.

Nous laissons le lecteur plonger dans ce passé et découvrir des survivances.

raymond

 

ACTION SIMULTANÉE DES BRAS ET DES JAMBES

L'action simultanée des bras et des jambes présente de réelles difficultés, et on a cherché pendant bien longtemps des moyens mécaniques pour accoutumer le corps à opérer régulièrement ces deux mouvements. M. Le Chevalier nous semble avoir fait une découverte aussi précieuse que simple, dont nous trouvons un compte rendu fait par un des hommes les plus compétents, M. Edouard Corbière, le romancier de marine si estimé des marins.

Natateur le Chevalier

 M. Le Chevalier était tourmenté depuis longtemps de la solution du problème qu'il s'était posé chaque fois qu'il avait vu périr des naufragés, bien plus par ignorance de la natation que par la violence de la mer; et comme il habitait le Havre et qu'on le vit toujours un des premiers sur les lieux du danger les occasions ne manquaient pas de se poser de nouveau ce problème. Médaillé, décoré, sauveteur émérite on un mot, M. Le Chevalier pensait cependant qu'il est plus digne de l'homme de se sauver lui-même, et il rêvait une propagation générale d'un art qu'il voulait rendre accessible à des corps entiers, à des masses d'individus. L'inventeur imagina les combinaisons les plus complexes avant d'arriver à la simplicité qui distingue les inventions véritablement utiles, et ce fut, comme toujours, un trait journalier qui lui dicta la solution qu'il cherchait depuis tant de temps. Figurez-vous un de ces manèges, dits de chevaux de bois: enlevez les chevaux, remplacez-les par des plateaux assez larges pour soutenir convenablement un homme couché horizontalement; simplifiez et rendez plus sensible le ressort de la machine de manière à ce que la moindre impulsion donnée aux traverses par les plateaux qui les terminent, suffise pour faire tourner la machine : vous avez le natateur Le Chevalier dans toute son ingénieuse facilité de moyens d'installation. L'apprentissage est peut-être plus simple encore. A un signal donné, dit M. Corbière, les élèves couchés sur leur plateau vers le milieu du corps, font mouvoir leurs bras et leurs jambes dans un plan horizontal ; ce mouvement communique à la machine la force nécessaire pour qu'elle tourne sur son pivot, et la séance dure jusqu'à ce que cette nage dans l'air ait familiarisé les élèves avec les mouvements qu'ils devront exécuter pour se maintenir sur l'eau.

Les premières expériences furent faites sur des marins et des soldats. Les mouvements furent commandés militairement par leurs officiers sous la direction de M. Le Chevalier. Au bout de deux séances, deux à trois cents jeunes marins et soldats purent, à Cherbourg, nager à pleine eau à la sortie de ces cours préliminaires : ils savaient nager avant même d'en avoir conscience. Le fait est constaté par un rapport du préfet de Cherbourg au ministre de la marine.

Cependant ce procédé si utile parce qu'il reproduit exactement dans l'air ce qui se passe dans l'eau, n'a pas reçu d'applications officielles : tout est si lent par la voie administrative. Certain de l'efficacité de l'invention de M. Le Chevalier, et porté à placer plus de confiance dans les efforts individuels que dans les secours qui viennent d'en haut, nous prions instamment les maîtres de bains d'installer de semblables manèges, et nous croyons sérieusement justement parce que l'idée a un côté ridicule, qu'un industriel qui convertirait ses chevaux de bois en natateur Le Chevalier aurait une nouvelle clientèle plus nombreuse que la première. Après tout, nager dans l'air est plus hygiénique que d'aller à cheval sur un cheval de bois.

 

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